Pourquoi Internet ne sauvera pas (forcément) votre librairie ! ?>

Pourquoi Internet ne sauvera pas (forcément) votre librairie !

Il y a de cela plus d’un an, j’ai terminé mon master en communication web et réalisé un mémoire sur internet et la librairie indépendante. Il était question de trouver ce que le web pouvait apporter aux librairies indépendantes et surtout de montrer également ce qu’il ne pouvait PAS apporter. Je vous rassure, je ne vais pas refaire ce mémoire qui contenait une centaine de pages – qui bien qu’elles fussent assez documentées n’étaient pas des plus digestes. Je vous propose de revenir sur les grands points et les conclusions que j’ai tiré de ce mémoire. Je me suis centré sur les libraires mais beaucoup des remarques sont transposables (à 90%) pour les différents commerces de proximité.

Imiter, pourquoi faire ?

Ce que j’ai pu constater dès le départ, c’est que la plupart des différentes tentatives en ligne existantes étaient toutes des copies d’Amazon. Et c’est normal ou du moins logique puisque le géant est précurseur dans le domaine de la vente en ligne. Le principal problème est évident et pourtant très souvent écarté :

AMAZON N’EST PAS UNE LIBRAIRIE

Ce n’est pas un jugement de valeur mais un simple constat.

Très concrètement (et pour simplifier), Amazon est un grand hangar rempli de gens chronométrés qui préparent des commandes. Cela n’a ABSOLUMENT RIEN A VOIR avec une journée de travail de libraire. Celui-ci a un effectif réduit (il travaille même parfois seul), il gère sa boutique, ses clients, sa comptabilité, ses réceptions, son rangement, ses mises en place, ses événements, sa réputation en ligne, ses rendez-vous avec les représentants des différentes maisons d’édition, etc. Bref, le libraire indé’ n’a en aucun cas des ressources (logistiques et financières) équivalentes à Amazon. Il lui est donc très difficile d’offrir un service aussi rapide et sans frais de port.

La plupart des différentes tentatives en ligne de libraires indépendants fonctionnent sur le même principe qu’Amazon à quelques différences près. Le stock est celui d’une ou plusieurs librairies indépendantes qui gèrent cela dans leur temps d’ouverture et apportent leurs colis directement à La Poste. Ces colis engagent des frais de port pour le client et du temps pour le libraire (sans parler du prix qu’il paye chaque année pour son site).

De plus, ces sites de vente en ligne sont aussi beaucoup moins bien référencés sur Google. La probabilité d’être trouvé par hasard sur la toile est quasi nulle. Amazon, c’est de plus une adresse web unique là où les libraires en ont pléthore !

On pourrait alors penser que la solution serait d’ouvrir un site web unique où l’on trouverait tous les libraires indépendants au même endroit… Il s’avère que cela a existé pendant un an sous le nom de 1001 libraires et que ce fut un fiasco total. On pourrait pointer du doigt le manque de moyen, la mauvaise organisation, le service moins bon que le géant du e-commerce ou le simple fait que 1001 libraires ne représentait pas une seule entité mais une somme de librairies toutes différentes les unes des autres aussi bien dans leur fonctionnement, que leur philosophie ou leur clientèle. Mais selon moi, le principal problème est avant tout qu’un libraire indépendant fasse de la vente en ligne…

Comment ça ? Je suis réac’ vous dites ? Mais pas du tout, posons-nous aussi une question simple :

Qu’est-ce que le libraire a de plus à m’offrir qu’Amazon ?

Les livres au même prix (et oui, le prix du livre est fixé par l’éditeur en France), un bel endroit où flâner, des rencontres avec les auteurs, des animations diverses et variées, des conseils avisés, des relations humaines, le livre que vous cherchiez disponible dans l’heure et à 5 minutes de chez vous et quand il n’est pas disponible : la possibilité de commander sans frais de port dans des délais similaires ou à peine plus longs, etc.

Bref, le libraire offre avant tout…

Un service de proximité !

Le problème du libraire n’est donc pas tellement de ne pas toucher de potentiels clients à l’autre bout du pays, mais de réussir à mobiliser tous les clients potentiels de son secteur géographique. C’est ce qu’on appelle devenir un « troisième lieu« , un lieu de sociabilisation ancré dans son quartier qu’il ne tient qu’à ses gérants de rendre accueillant et agréable pour que des clients de passage deviennent des clients fidèles.

Donc, Internet… Inutile ?

Non, pas une seconde.

Mais Internet ne se résume pas à la vente en ligne.

Il faut voir Internet et le Web 2.0 pour ce qu’ils sont, c’est à dire des outils. Il ne sont en aucun cas une finalité.

Ce n’est pas parce que beaucoup de choses se passent en ligne désormais qu’il n’arrive plus rien dans la vraie vie des vrais gens véritables. Comme je le disais plus tôt, avant de tenter de toucher des clients à l’autre bout du monde, il existe des outils comme les réseaux sociaux, les blogs, les sites web, les sites de critiques, les annuaires qui permettent de mettre en avant son commerce de manière locale. (Note : Ils ne sont en aucun cas à négliger d’ailleurs car si on ne s’en occupe pas, cela n’empêchera pas les détracteurs de s’en charger pour nous.)

Soyez cohérent avec votre projet initial !

Si nous choisissons d’être commerçant de proximité, c’est (du moins je l’espère) avant tout pour fréquenter des gens et partager une passion. Offrir un service au client qui lui permet de ne plus mettre les pieds dans votre boutique n’est, stratégiquement parlant, pas la meilleure des choses à faire.

On peut toutefois penser à un système permettant de consulter notre stock, voire d’effectuer une réservation. En quelque sorte, ce sont des services qui sont une extension de ce qui se pratique déjà en magasin. Ils peuvent même vous faire gagner du temps (on consulte votre site plutôt que de vous téléphoner).

Mais notre plus grande force encore une fois, c’est le « troisième lieu » que nous créons chaque jour. Donnons donc envie au client de passer nous voir ! Proposons nos coups de cœur, mettons en valeur votre lieu en prenant des photos, montrons que nous sommes drôles, sérieux, sympathiques, ouverts d’esprit… Bref, communiquons avec notre public.

Internet ne sauvera donc pas votre commerce mais il pourra l’aider grandement – à conditions que vous investissiez vos efforts dans les bons outils.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *