Better Call Saul : la preuve qu’un spin-off peut être (plus que) réussi ?>

Better Call Saul : la preuve qu’un spin-off peut être (plus que) réussi

La mode du spin-off ne date pas d’hier. Friends a eu Joey, Buffy a eu Angel, plus récemment Walking Dead a eu Fear the Walking Dead. Tantôt réussis, plus souvent ratés, ces tentatives de rallonger la sauce se soldent malheureusement très souvent par une version plus fade que l’originale. Enfin ça, c’était avant que Breaking Bad donne naissance à Better Call Saul !

J’étais très sceptique quand a été annoncée ce spin-off. Cette manière de ne fonctionner plus qu’en univers étendus, préquelles, suites, licences, reboots et autres remakes commence particulièrement à me lasser. En effet, si cette technique de production a pour double effet kisscool de tabler sur un produit qui marche déjà financièrement tout en nous replongeant dans un univers que par conséquent nous aimons déjà, vous avouerez que d’un point de vue surprise et originalité, nous repasserons.

Saul/Jimmy, personnage comique ?

De plus, Better Call Saul se centre sur… – je vous le donne en mille – Saul Goodman, l’avocat véreux de Breaking Bad. Personnage comique, à la morale limitée et au bagou génial, celui-ci est drôle dans la série d’origine de par son décalage total avec les autres protagonistes qui affichent un ton plus sérieux et souvent contrit. Il était donc très difficile d’imaginer que le spin-off adopte le même ton que son prédécesseur et trouve notamment des enjeux aussi grands que ceux du père de famille Walter White, entre autres : faire de la meth et l’écouler en toute impunité…

Il s’avère que je me suis trompé sur toute la ligne. Le créateur de la série, Vince Gilligan, a réussi un nouveau tour de force en creusant un personnage que l’on pouvait résumer à un clown de service pour faire de lui un personnage bien plus profond.

Nous sommes quelques années avant les événements de Breaking Bad. Saul Goodman est alors un jeune avocat dénommé Jimmy McGill tentant de percer dans son cabinet située à l’arrière-boutique d’une coiffeuse. L’avocat est tiraillé entre son frère qui le méprise, la relation difficile qu’il entretient avec la femme qui l’aime et surtout sa fâcheuse addiction à la triche, l’embobinage et le détournement des règles. Mais Jimmy n’est pas l’homme dénué de morale qu’il est alors dans Breaking Bad, il tente de faire les choses biens et à défaut de les faire dans les clous de la légalité, il tente de les faire de manière juste. De même, on retrouve dans cette série Mike Ehrmantraut. L’homme de main de Breaking Bad n’est alors qu’un simple flic à la retraite tentant de joindre les deux bouts en tenant la caisse d’un parking et en faisant le garde du corps à ces heures perdues. Mike a alors deux objectifs principaux : assurer une vie paisible et confortable à sa belle-fille et sa petite fille tout en évitant d’exécuter des contrats de tueur à gage, ce que sa morale lui interdit.

Recette d’un bon spin-off

On retrouve donc dans ce spin-off des ingrédients déjà présents dans Breaking Bad. Notamment la question de survivre dans notre système sans passer du côté obscur. L’ambiance est très travaillée encore une fois ; la ville d’Albuquerque et son désert environnant sont encore une fois très bien filmés. Les créateurs de la série se sont amusés à disséminer des touches de jaune pétant absolument partout (ce qui nous rappelle inévitablement le vert que portait toujours Walter White).

Malgré tout, Better Call Saul ne tombe pas dans un fan service énorme en envoyant à la face du spectateur des références à son parent toutes les deux minutes. Si nous avons le plaisir de retrouver quelques personnages de la série, ceci est tout à fait relatif. Ces personnages ne sont pas encore ceux de Breaking Bad. De plus, la série a réussi à implanter de tous nouveaux personnages qui sont tout aussi attachants ou détestables. Mention spéciale au personnage de Kim Wexler qui est un modèle de femme indépendante inspirant et tout en nuances.

L’autre tour de force de la série est donc d’avoir su s’affranchir complètement de Breaking Bad qu’il n’est absolument pas nécessaire d’avoir vu pour regarder Better Call Saul. Là où la première était centrée sur un père de famille sombrant dans le trafic de drogue, celle-ci se concentre sur la lutte acharnée d’un avocat pour s’en sortir – la série se suffit amplement à elle-même. Et c’est un point vraiment non négligeable car il devient difficile par exemple de regarder un film Marvel sans avoir vu les autres productions qui se déroulent dans cet univers étendu. De plus, Better Call Saul possède une véritable identité, une construction différente et un cachet particulier là où les univers étendus par exemple ont tendance à emprunter un schéma similaire d’un film à l’autre qui deviennent prévisibles, rassurants certes, mais qui ont du mal à nous surprendre.

Le rapprochement entre Better Call Saul et Breaking Bad est un passage obligé puisque des personnages, des lieux et même les créateurs de la série sont à peu de choses près les mêmes. Les enjeux du spin-off sont certes tout autres mais l’intensité de ceux-ci est au moins équivalente à ceux de Breaking Bad !

Nous en sommes à la deuxième saison de Better Call Saul (et la troisième est annoncée). Nous savons tous qu’à la fin de cette série, des choses terribles se produiront sans doute puisque nombre de ces nouveaux personnages ne sont jamais apparus dans Breaking Bad… Ce qui laisse place à de nombreuses théories : vont-ils mourir ? Partir ? S’ils sont partis, pourraient-ils revenir dans une suite de Better Call Saul et de Breaking Bad ? God Dammit, il est bon ce Vince Gilligan !

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